La sciatique est une douleur qui suit le trajet du nerf sciatique, le plus long nerf du corps humain. Elle irradie depuis le bas du dos vers la fesse, l'arrière de la cuisse et le mollet, parfois jusqu'au pied. Dans 85% des cas, elle est causée par une hernie discale lombaire comprimant une racine nerveuse L5 ou S1.

La sciatique, ou lombosciatique, est l'une des douleurs les plus invalidantes du dos. En France, environ 5 à 10% de la population souffrira d'une sciatique au cours de sa vie, avec un pic entre 40 et 60 ans. La bonne nouvelle : dans la grande majorité des cas, la sciatique guérit spontanément en quelques semaines sans chirurgie.

Le Dr Christian Dimitriu, neurochirurgien spécialisé exclusivement dans la chirurgie du rachis, vous explique tout ce qu'il faut savoir sur la sciatique : ses causes, ses symptômes, son diagnostic et ses traitements.

Qu'est-ce que le nerf sciatique ?

Le nerf sciatique est le nerf le plus long et le plus volumineux du corps humain. Il naît de la jonction de cinq racines nerveuses qui émergent de la colonne lombaire et du sacrum (L4, L5, S1, S2, S3). Il descend dans la fesse, passe derrière la hanche, longe l'arrière de la cuisse et se divise au niveau du genou en deux branches : le nerf tibial (qui innerve le mollet et la plante du pied) et le nerf fibulaire (qui innerve le dessus du pied et les orteils).

Le nerf sciatique assure deux fonctions essentielles :

Fonction motrice : il permet de bouger la jambe, plier le genou, lever le pied et bouger les orteils.
Fonction sensitive : il transmet les sensations de toucher, de douleur et de température depuis la jambe jusqu'au cerveau.

Lorsqu'une racine nerveuse qui compose le nerf sciatique est comprimée ou irritée au niveau de la colonne lombaire, la douleur se propage le long de tout le trajet du nerf : c'est la sciatique.

Les causes de la sciatique

La sciatique n'est pas une maladie en soi, mais un symptôme. Elle traduit une compression ou une irritation d'une racine nerveuse dans la région lombaire. Les causes principales sont :

1. La hernie discale lombaire (85% des cas)

C'est la cause la plus fréquente de sciatique. Le disque intervertébral, véritable amortisseur entre deux vertèbres, se fissure et laisse s'échapper une partie de son noyau gélatineux (nucleus pulposus). Ce fragment vient comprimer une racine nerveuse adjacente, le plus souvent en L4-L5 (racine L5) ou en L5-S1 (racine S1). La douleur sciatique apparaît brutalement, souvent après un effort, une toux ou un faux mouvement. Pour en savoir plus, consultez notre page dédiée sur la hernie discale lombaire.

2. Le canal lombaire étroit (sténose spinale)

Avec l'âge, l'arthrose vertébrale entraîne un rétrécissement du canal rachidien où passent les nerfs. Ce rétrécissement progressif peut comprimer les racines nerveuses et provoquer une sciatique, souvent bilatérale. Les symptômes apparaissent typiquement à la marche et s'améliorent au repos ou en position penchée en avant. Cette pathologie touche surtout les personnes de plus de 60 ans. Découvrez notre page complète sur le canal lombaire étroit.

3. Le spondylolisthésis

Il s'agit d'un glissement d'une vertèbre sur celle du dessous, qui peut rétrécir les canaux par lesquels sortent les nerfs (foramens) et provoquer une compression nerveuse. Le spondylolisthésis peut être dégénératif (lié à l'arthrose) ou isthmique (lié à une fracture de fatigue de la vertèbre). Pour plus d'informations, consultez notre page sur le spondylolisthésis.

4. Le syndrome du piriforme

Le muscle piriforme (ou pyramidal) est un petit muscle profond de la fesse qui passe au-dessus du nerf sciatique. Lorsqu'il est contracturé ou hypertrophié, il peut comprimer le nerf et provoquer une douleur qui ressemble à une sciatique, mais qui n'a pas d'origine vertébrale. Ce syndrome est souvent lié à une surutilisation musculaire, à une mauvaise posture ou à un traumatisme.

5. La sciatique de la femme enceinte

Environ 1% des femmes enceintes souffrent de sciatique, surtout au troisième trimestre. La pression de l'utérus sur le nerf sciatique, les modifications hormonales (qui relâchent les ligaments) et les changements de posture peuvent provoquer une compression nerveuse. La sciatique de grossesse disparaît généralement dans les semaines qui suivent l'accouchement.

6. Causes plus rares

Tumeurs rachidiennes (bénignes ou malignes)
Infections (spondylodiscite, abcès épidural)
Hématome épidural (après une infiltration ou chez un patient sous anticoagulants)
Fracture vertébrale (ostéoporose, traumatisme)

Symptômes : reconnaître une sciatique

La sciatique se manifeste par des symptômes caractéristiques qui permettent de la distinguer d'une simple lombalgie (douleur du bas du dos sans irradiation dans la jambe) :

La douleur radiculaire

C'est le symptôme principal. La douleur suit un trajet précis, correspondant au territoire de la racine nerveuse comprimée :

Sciatique L5 (hernie L4-L5) : douleur qui descend le long de la fesse, de la face postéro-externe de la cuisse, de la face externe du mollet, du dessus du pied et du gros orteil.
Sciatique S1 (hernie L5-S1) : douleur qui descend le long de la fesse, de l'arrière de la cuisse, du mollet, du talon et de la plante du pied jusqu'aux petits orteils.

La douleur est typiquement décrite comme une brûlure, une décharge électrique, un coup de poignard ou une crampe intense. Elle est souvent pulsatile et aggravée par la toux, l'éternuement, les efforts de poussée (défécation) ou certains mouvements (flexion antérieure du tronc).

Les paresthésies

Le patient ressent des fourmillements, des picotements, des engourdissements ou une sensation de « courant électrique » le long du trajet du nerf. Ces sensations anormales traduisent une irritation de la racine nerveuse.

Le déficit sensitif

La zone innervée par la racine comprimée peut devenir moins sensible au toucher, à la piqûre ou à la température. Le patient a l'impression que sa peau est « cartonnée » ou « anesthésiée ».

Le déficit moteur

Dans les formes sévères, la compression nerveuse entraîne une perte de force musculaire :

Sciatique L5 : difficulté à relever le pied (steppage) et à marcher sur les talons, faiblesse des muscles qui écartent les orteils.
Sciatique S1 : difficulté à se mettre sur la pointe des pieds, faiblesse du mollet, perte du réflexe achilléen.

Un déficit moteur qui s'aggrave rapidement est une urgence neurochirurgicale.

Les signes d'alerte (red flags)

Certains symptômes doivent conduire à consulter en urgence :

Syndrome de la queue de cheval : troubles urinaires (difficulté à uriner, incontinence), perte de sensibilité périnéale (anesthésie en selle), faiblesse des deux jambes, troubles de l'érection.
Fièvre associée à une douleur lombaire intense (infection possible).
Douleur nocturne intense non calmée par les antalgiques (tumeur possible).
Perte de poids inexpliquée (tumeur possible).
Antécédent de cancer.

Diagnostic de la sciatique

Le diagnostic de sciatique est avant tout clinique, basé sur l'interrogatoire et l'examen physique. Les examens complémentaires viennent confirmer la cause et guider le traitement.

L'examen clinique

Le neurochirurgien évalue :

Le trajet de la douleur pour identifier la racine nerveuse atteinte (L5 ou S1).
Le signe de Lasègue : la reproduction de la douleur sciatique lors de l'élévation de la jambe tendue au-delà de 30-45 degrés confirme l'origine radiculaire.
Les réflexes ostéo-tendineux : abolition du réflexe achilléen (S1) ou rotulien diminué (L5).
La force musculaire : testing des muscles extenseurs du pied (L5) et fléchisseurs plantaires (S1).
La sensibilité : recherche d'une hypoesthésie dans le territoire radiculaire.

L'IRM lombaire

C'est l'examen de référence. Elle permet de visualiser avec précision les disques, les nerfs, les vertèbres et les tissus mous. L'IRM confirme la présence d'une hernie discale, son niveau, sa taille, son type (exclue, séquestrée, protrusion) et le degré de compression de la racine nerveuse. Elle est indispensable avant toute décision chirurgicale.

Le scanner lombaire

Il est moins performant que l'IRM pour visualiser les disques et les nerfs, mais reste utile si l'IRM est contre-indiquée (pacemaker, claustrophobie sévère, prothèse métallique incompatible). Le scanner visualise très bien les structures osseuses et peut être couplé à une injection de produit de contraste (myéloscanner) pour mieux voir les compressions nerveuses.

L'électromyogramme (EMG)

Cet examen mesure l'activité électrique des muscles et la conduction nerveuse. Il est utile en cas de doute diagnostique, pour localiser précisément la racine atteinte, pour évaluer l'ancienneté de l'atteinte nerveuse ou pour éliminer une autre cause (polyneuropathie, syndrome du canal carpien au membre supérieur).

Traitements de la sciatique

Le traitement de la sciatique dépend de sa cause, de son intensité, de sa durée et de son retentissement sur la vie quotidienne. Dans 80% des cas, la sciatique guérit spontanément en 4 à 6 semaines grâce au traitement conservateur.

Traitement conservateur (1ère intention)

Le Dr Dimitriu privilégie systématiquement une approche non chirurgicale en première intention :

Repos relatif : éviter l'alitement prolongé qui retarde la guérison. Rester actif dans la limite de la douleur.
Antalgiques : paracétamol, tramadol, morphine en cas de douleur intense.
Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) : ibuprofène, kétoprofène, sauf contre-indication.
Corticoïdes oraux : en cure courte (5-7 jours) pour réduire l'inflammation autour de la racine nerveuse.
Myorelaxants : pour détendre les muscles contracturés.
Gabapentinoïdes (pregabaline, gabapentine) : en cas de douleur neuropathique résistante.

Kinésithérapie et rééducation

La kinésithérapie ne doit débuter qu'après la phase aiguë, lorsque la douleur commence à diminuer. Elle vise à :

• Renforcer les muscles profonds du dos et de la sangle abdominale.
• Améliorer la flexibilité et la posture.
• Apprendre les bons gestes pour protéger son dos.
• Reprendre progressivement les activités quotidiennes.

Infiltrations épidurales

Lorsque le traitement médical est insuffisant, le neurochirurgien peut proposer une infiltration de corticoïdes au contact de la racine nerveuse comprimée. Cette injection, réalisée sous contrôle radiologique (scopie), permet de délivrer un anti-inflammatoire puissant directement sur la zone enflammée. Une à trois infiltrations espacées de 2 à 3 semaines peuvent être nécessaires. Le taux de succès est de 50 à 70% pour soulager la douleur pendant plusieurs semaines ou mois, et permettre ainsi à la hernie de se résorber naturellement.

Chirurgie (indications spécifiques)

La chirurgie n'est envisagée qu'en cas d'échec du traitement conservateur bien conduit pendant 6 à 8 semaines, ou en cas d'urgence neurologique. Les indications chirurgicales sont :

Syndrome de la queue de cheval (urgence absolue).
Déficit moteur progressif (pied qui tombe).
Douleur hyperalgique résistant à tous les traitements.
Sciatique invalidante malgré un traitement médical optimal de 6-8 semaines.

L'intervention de référence est la microdiscectomie : le chirurgien retire le fragment de disque qui comprime la racine nerveuse, à travers une incision de 3 à 4 cm, sous microscope. L'opération dure 30 à 45 minutes et le patient rentre chez lui sous 24 à 48 heures. Les techniques mini-invasives (endoscopie, percutané) permettent une récupération encore plus rapide. Le taux de succès chirurgical est de 85 à 95% pour soulager la douleur sciatique.

Quand consulter en urgence ?

Certaines situations nécessitent une consultation en urgence aux urgences ou chez un neurochirurgien :

Perte de force rapide dans le pied, la cheville ou le genou.
Troubles urinaires : difficulté à uriner, incontinence, mictions fréquentes.
Anesthésie périnéale : perte de sensibilité entre les jambes, au niveau de l'anus ou des organes génitaux.
Sciatique bilatérale avec faiblesse des deux jambes.
Fièvre élevée associée à une douleur lombaire intense.

Ces signes peuvent traduire un syndrome de la queue de cheval, une urgence neurochirurgicale qui impose une opération dans les 24 à 48 heures pour éviter des séquelles définitives (paralysie, incontinence).

Questions fréquentes sur la sciatique

La plupart des sciatiques s'améliorent en 4 à 6 semaines avec un traitement conservateur. 80% des patients sont guéris en 3 mois. Si la douleur persiste au-delà de 6-8 semaines malgré le traitement, une consultation spécialisée est recommandée.

La position sur le côté avec un coussin entre les genoux est souvent la plus confortable. Évitez de dormir sur le ventre. Un matelas ferme mais pas dur est recommandé.

La marche douce est recommandée. Évitez les sports à impact, le port de charges et les mouvements de torsion. La natation sur le dos peut soulager. Reprenez progressivement après disparition de la douleur.

Oui, la sciatique touche environ 1% des femmes enceintes, surtout au 3e trimestre. Elle est liée à la pression de l'utérus sur le nerf sciatique et aux modifications posturales. Le traitement est conservateur (kiné, positions).

Consultez en urgence si : perte de force dans le pied ou la jambe, troubles urinaires, perte de sensibilité périnéale. Ce sont des signes de syndrome de la queue de cheval, urgence neurochirurgicale.

En savoir plus sur les pathologies mentionnées :

Hernie discale lombaire — causes, diagnostic et traitements
Canal lombaire étroit — symptômes et prise en charge
Spondylolisthésis — glissement vertébral et compression nerveuse
Névralgie cervico-brachiale — équivalent de la sciatique au bras

Sources : HAS (Haute Autorité de Santé, 2025), SFCR (Société Française de Chirurgie du Rachis), EANS (European Association of Neurosurgical Societies), Ropper AH, Zafonte RD. Sciatica. N Engl J Med. 2015;372(13):1240-1248.

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